Tant en Afrique qu’en France, l’épopée des relations entre l’Hexagone et le continent africain s’est manifestée par des positions d’hommes, qui rendent hommage à une vision de complémentarité de nos sociétés respectives.
J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus
C’est au peuple français d’abord que nous faisons confiance, je veux dire à tous ces hommes de bonne volonté qui, fidèles aux plus héroïques traditions françaises, ont voué leur existence au culte exclusif de l’homme et de sa grandeur.
Demain, nous serons tous les indigènes d’une même Union française.
« (…) Naguère, sans rire, nous (...) appelions (la France) “la métropole”. Nous nous déclarions, avec quelque pointe de fierté, “citoyennes de l’Union française”
Et si d'aventure un jour la France (…) n'était qu'une constellation de plus sur la bannière étoilée, revenez voir, Excellence, du côté de nos nouvelles provinces du Niombato, du Boundou ou du Pakaou, vous y trouverez encore vivantes, bien loin du cours de la Seine, les racines qui ont porté votre grande nation. Tant il est vrai que qui est gardien ultime de votre langue est aussi l'avenir de votre civilisation.
(…) Les leaders politiques africains avaient en commun ceci : ils souhaitaient tous ardemment, la guerre terminée[i], une mutation profonde du sort de l’Afrique (…). La profession de foi, la revendication fondamentale n’était pas l’indépendance : aucun de nous ne la revendiquait. Nous réclamions, par contre, l’égalité des droits puisque nous avions les mêmes devoirs jusques et y compris celui de donner notre sang pour la France. (…) La bataille pour l’égalité, pour les droits égaux pour tous, était l’essentiel du combat politique. Mais cette égalité inscrite dans la devise républicaine n’allait pas de soi, en ce qui concerne son application intégrale, dans l’esprit des colonisateurs. Une politique coloniale intelligente, prospective, suffisamment ouverte sur l’avenir, qui aurait conduit les peuples coloniaux à la jouissance des mêmes droits que ceux de la métropole, à l’application des mêmes lois, des mêmes règles à tous, aurait certainement modifié le destin de la colonisation.
[i] La Seconde Guerre mondiale.
A maintes reprises, le président Houphouët-Boigny, moi-même et les autres chefs des Etats et l’Entente, avons eu l’occasion d’exprimer nos conceptions quant à l’aménagement des organes communautaires pour réaliser avec tous les Etats membres – y compris la République française – un ensemble fédéral vraiment égalitaire, viable et – j’insiste sur ce mot – durable. Pour nous, faut-il le rappeler, le Conseil exécutif de la Communauté et le Sénat de la Communauté constituaient la préfiguration du gouvernement fédéral central et du Parlement fédéral central. Cette évolution, si avait pu s’accomplir, aurait permis de construire, à partir des Etats autonomes, solidaires et égaux, un grand Etat multinational appelé à jouer un rôle exemplaire sur la scène du monde. Force nous est de le constater avec regret : notre grand espoir a été déçu… Le Mali, Madagascar, la Mauritanie, les Etat de l’Afrique ex-équatoriale manifestèrent le désir de subsistuer au pacte collectif des accords bilatéraux avec la seule République française. La République française a donné son accord, et même son appui, à ces tendances centrifuges.
Après mon élection (en 1960) comme président de l'ASECNA, j'avais fait ma tournée "ad limina" auprès des chefs d'Etat africains. Le premier que j'étais allé voir fut Senghor, qui me demanda si j'étais un parent du Gouverneur Sanmarco dont il avait tant entendu parler... Je lui répondis que le Gouverneur, c'était bien moi, avant de lui dire ceci : "Monsieur le Président, je suis venu vous parler de ce qu'est l'ASECNA. Mais, avant toute chose, et je m'en excuse devant vous, je voudrais vous dire que je n'étais pas pour l'indépendance de l'Afrique; j'étais pour l'égalité des droits de tous au sein de la République Française." Il me regarda et me lança : "Et moi donc !"
Je vous demande, une fois rentrés chez vous, de rassembler les populations et de leur dire qu’au début du mois d’août la Côte d’Ivoire est devenue indépendante parce que la France n’a pas accepté nos propositions de fédération. Je l’ai souvent répété : pour se marier, il faut être deux.
Une seule conclusion s’imposerait si nous vous suivons : rendez-nous notre liberté, donnez-nous notre indépendance et nous ne vous coûterons plus rien ! Oui, mais voilà, vous n’avez pas, Dieu merci, le droit de disposer ainsi de nous-mêmes, et d’une partie de la République…
Il faut revendiquer cette arrogance, cette spécificité française, cette particularité. Quand la France n’a plus cette envie de rayonner et donc de dire : « Voilà, nous vous traçons la route, voici le cap, le commandant c’est la France », et quand elle n’a plus cette ambition, eh bien elle rétrécit et (…) elle ressemble à une de ces vieilles ringardes, républiques bananières qui invitent plutôt au dégoût qu’à l’aspiration à laquelle un jeune Africain qui regardait la France, qui estimait que c’était le modèle du goût, le modèle, oui, intellectuel qu’il fallait suivre, eh bien, cet « Eugène » (héros du livre de E. Ebodé), oui, il peut être un peu déçu… actuellement. (…) L’universalité, en tous cas les Lumières nous ont donné cela, et ont formé, je pense, quelque chose qui singularise la France. Quand elle pense l’universalité, elle est brillante, elle a des devoirs… Mais des devoirs pas simplement pour elle-même, des devoirs pour beaucoup. Et puis on voit qu’elle s’est rétrécie, même si on a eu droit à une petite danse de ce génie passé, avec la francophonie. On a sorti là des drapeaux qui en appellent à une forme d’universalité un peu réduite aux acquêts, non ? dans le nouveau partage du monde. Et on aurait aimé que, même avec ce drapeau un peu réduit, la voix française, son ambition ne consiste pas simplement à dire aimez la France ou partez (…)
Ne pas introduire le français très tôt à l’école, c’est renforcer et confirmer le monopole de l’élite sur une langue de communication internationale, au détriment de la grande masse du peuple maintenue dans une dépendance économico-culturelle totale. Sous prétexte de promotion culturelle du créole, nos bourgeoisies auront parachevé leur œuvre de marginalisation de 85 % de la population. C’est un impérialisme inacceptable. (…) Les Haïtiens doivent pouvoir y accéder (à l’enseignement du français) sous peine d’être considérés comme de grands enfants, il leur faut une langue d’audience internationale et, pour des raisons historique, c’est la langue française qui doit jouer ce rôle.